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Une campagne électorale ennuyeuse en terre camerounaise

Le jour J c’est demain pour beaucoup d’électeurs camerounais qui rêvent d’un avenir meilleur. Après deux semaines de marketing politique au cours desquelles, les différents candidats devaient conquérir les cœurs et les voix des électeurs à travers des projets pertinents, efficaces et efficients, un constat macabre s’impose : pas de projet politique, pas de compétition politique mais la diabolisation de l’autre. Il faut donc comprendre quelques détails avant d’aller aux urnes demain.

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Un entrepreneur politique entretenant les foules pendant la campagne électorale.

Compétition, lutte ou haine politique ?

Qui dit compétition dit adversaire et donc respect de l’autre, fair-play etc. mais le terrain politique camerounais n’est pas un terrain de compétition. Il est un terrain de lutte politique. Lutte au sens péjoratif du terme caractérisé par une haine sans précédent entre les lutteurs qui ne se considèrent que comme des ennemis et non des adversaires. Cette haine réciproque est matérialisée par une diabolisation de l’autre qui est notre concurrent. On le traite ainsi de tous les noms de vautour et de sorciers : « vendeurs d’illusion », « apprentis sorciers », « ceux qui ont pillé le Cameroun »… C’est la raison pour laquelle sur les plateaux de télévision, au lieu de se livrer une bataille d’idées politiques et de projets de société, ces acteurs se livrent une guerre d’insultes. Bref, les élections qui auront lieu demain nous ont permis de constater une fois de plus cet état de choses qui va à l’encontre de l’esprit démocratique. La compétition démocratique suppose la reconnaissance de l’autre comme acteur politique ayant un projet de société qu’il faudra décrédibiliser au profit du notre. Et non une lutte de personnes.

 

Bavardage ou projet politique ?

Les Camerounais veulent, à la faveur de cette élection, renouveler leurs exécutifs communaux et porter à l’assemblée nationale des hommes et des femmes susceptibles de défendre leurs intérêts. Ces hommes et femmes devraient pouvoir, au cas où ils aspirent à briguer un mandat, proposer quelque chose de pertinent, de neuf et de faisable pour les populations. Pour ceux qui aimeraient que la population leurs renouvelle la confiance, ils devraient pouvoir dresser un bilan et proposer des améliorations pertinentes et faisables pour les années à venir. Or qu’est-ce qu’on a observé jusqu’ici ? Des politiciens en panne d’inspiration. Des hommes et femmes qui passent le temps à bavarder, à dire que ce que les autres ont fait c’est la catastrophe et qu’il faille tout recommencer. Au lieu de vendre des projets politiques aux électeurs, ils ne font que remercier le chef de l’Etat pour son « immense gloire ». On dirait un dieu vivant. Pourtant, même s’il est le président national du parti au pouvoir*, il s’agit ici des élections communales. Ce n’est donc pas son bilan qu’il faut défendre mais celui des maires et des députés. Au lieu de proposer des idées sur le long terme, les « necropoliticiens » camerounais donnent de l’argent, de la nourriture, font des dons immédiats de toutes sortes aux populations malheureusement affamées. Jean François Bayart a parlé en son temps de la « politique du ventre ». Eh oui ! Lorsque les fonctions buccalo-bachiques dictent tout, le choix politique n’est guidé que par ce qui entre dans le ventre mais malheureusement sort quelques minutes après par l’anus. Que faire demain ? N’allez pas leurs demander car ce qui compte c’est l’ « à-présent ».

 

En panne d’idées, ces necropoliticiens qui produisent la mort au lieu de favoriser la vie passent plus de 5 minutes sur les 7 minutes qui leurs sont accordées sur les plateaux de télévision à dire comment  leurs prédécesseurs, qu’il aimerait remplacer, ont mené la commune à la poubelle. Alors que nous attendons la réplique pour qu’il présente ce qu’il fera pour remédier à la catastrophe, rien ! Il continue dans ses énumérations fades et sans importance défiant même parfois le modérateur.

 

Enfin, il y a cette idée saugrenue que la Cameroon Radio Television (CRTV) et affidés (Cameroon Tribune) sont parvenus à graver dans l’esprit des plus naïfs. Idée selon laquelle, seul le Rassemblement Démocratique du Peuple camerounais (RDPC) a un projet de société, est capable de gouverner ce pays car il a les moyens. Ou encore, après le RDPC, finie la paix, finie la stabilité et bienvenue au chaos. Que les partis naissants ne sont que des partis ethniques alors que le RDPC, seul, est le parti national. Que les partis de l’opposition sont divisés alors que le RDPC est uni. Tout ceci connote juste qu’en panne d’inspiration et d’idées fortes, le parti au pouvoir au Cameroun se sert de l’appareil d’Etat et du discours des médias pour produire une opposition de ses fantasmes et par la suite nier le bien-fondé de cette opposition. Comme celle-ci est très souvent guidée par le pouvoir de l’argent et du ventre, elle joue le jeu et tombe toujours dans le piège.

 

La conséquence est que le camerounais lambda n’a qu’un choix c’est de ne pas choisir. Si ailleurs, voter c’est un pouvoir et c’est faire un choix, au Cameroun voter c’est un acte aussi banale sans conséquence sur la vie des hommes et femmes si oui les élus qui s’en servent pour capter davantage de thuriféraires et accumuler les biens.



29/09/2013
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