L\'Afrique peut!

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Remember Um Nyobe: les détracteurs de l'UPC.

Ce billet est écrit pour rendre hommage au père de notre nation, le leader nationaliste Um Nyobe, assassiné le 13 Septembre 1958. Afin que nul ne l'oublie et qu'il reste dans la mémoire collective comme celui par qui cette nation naquit.

 

 

 

 Ruben Um Nyobe

 

La décolonisation du Cameroun a été une décolonisation ratée. Parce que ceux qui se sont battus pour libérer ce pays n’ont pas gérer ce pour quoi ils se sont battus. Il y’avait en face d’eux des personnages crées par le pouvoir colonial pour les contrecarrer.

 

En face de l'UPC (Union des Populations du Cameroun) et de son Mpodol, il y'avait plusieurs détracteurs: les partis politiques collaborationnistes pour reprendre les termes du Pr Daniel Abwa, Cameroun. Histoire d'un nationalisme:1884-1961, Yaoundé, Cle, 2010. Parmi ces partis, nous pouvons citer le BDC (Bloc Démocratique Camerounais) crée et inspiré en 1951 par Louis Paul Aujoulat que l'UPC qualifia dans une tribune de "Danger". Sous ses ordres, il y'avait plusieurs élites camerounaises qui prirent en main le destin postcolonial de notre Etat. Voici quelques phrases tirées du livre de Enoh  déjà cité qui peuvent nous renseigner sur ces partis et vous comprendrez pourquoi ces personnes ne méritaient pas nous diriger, plus encore ils ont été opportunistes et ont profité du programme politique de l'UPC pour faire une fausse copie afin de nous diriger:« Le Cameroun doit renoncer à l’indépendance, car il ne dispose ni de cadres, ni de ressources financières suffisantes, ni d’une population suffisante, et se fondre plutôt dans le grand ensemble que constitue l’union française.» (Résumé statut BDC) « …l’indépendance n’est nullement à l’ordre du jour au Cameroun, seuls quelques marginaux, à l’instar de M. Ruben Um Nyobè ici présent, font grand bruit sur cette question ; mais ils ne sont pas écoutés, à preuve, il s’est copieusement fait battre, dans son propre fief, aux dernières élections à l’ATCAM du mois de mars dernier ; il ne parle donc, ici, présentement, qu’en son nom propre…» Louis Paul Aujoulat.

 

En plus de ces partis politiques, je citerai un autre détracteur du mouvement nationaliste qui a été l'Eglise Catholique du Cameroun. Il faut dire que cette Eglise a joué un mauvais rôle dans le mouvement nationaliste au Cameroun. Se plaçant du coté des colons, elle a contribué à mater et à museler ce mouvement nationaliste rompant même avec les missions qui sont les leurs: soutenir les nécessiteux pour qu'ils aient la liberté et la vie. Le subterfuge utilisé par les prêtres camerounais était la filiation communiste de l'UPC. Dans une lettre commune du clergé camerounais en 1955, ces derniers mettent en garde les populations contre le parti politique UPC pour ses velléités communistes. Mais pour Um Nyobe et les autres upécistes, cette justification était la preuve que les gens n’ont aucune preuve qui peut le discréditer ou discréditer son parti : « Si les gens disent que je suis communiste, c’est parce qu’ils ne voient rien contre moi.  Dans un texte que Moumié va signer par la suite en direction des évêques du Cameroun, il montrera à travers des versets bibliques que la démarche de ces évêques n’est pas une démarche inspirée par Dieu car, reprenant des versets, Moumié dira que Dieu ne veut pas voir son peuple dominé ou esclavagisé, il est pour la liberté et revendiquer cette liberté ce n’est pas être terroriste encore moins communiste.  Malgré ce qu’on peut dire, l’Eglise Catholique du Cameroun a été d’une grande importance dans le complot contre nos leaders nationalistes.

 

L’autre détracteur, et pas des moindres de l’UPC,  fut certainement l’UPC en elle-même. Les divisions, les rivalités qui naquirent entre les différentes branches suite à l’interdiction et l’entrée au maquis, l’exil et le ralliement des membres de ce parti. A ce sujet, abreuvez-vous à la source de Simon Nken, L’UPC. De la solidarité idéologique à la division stratégique, 1948-1962, paru chez Anibwe.  De toutes les façons, l’UPC a eu pas mal de bâtons dans les roues mais les membres de ce parti, en tête desquels son leader, se sont battus jusqu’au sacrifice ultime pour créer un esprit Cameroun hors du joug colonial et ils ont récolté après leur assassinat : ignorance, bannissement, maltraitance, terroriste… Ou allons-nous ? Comme se demandait Mbembe, ou est le patriotisme qu’on veut consolider ?

 

Vous comprendrez que notre décolonisation a été ratée parce que c’est ceux qui désiraient le moins l’indépendance qui l’ont obtenue. Les élites de compromis créées et façonnées par la métropole pour continuer à garantir ses intérêts. De gaulle disait qu’il fallait partir, certes, mais pour mieux revenir. Alors, il fallait mettre tout contre Um Nyobe et ses partisans (Partis politiques, religieux, associations…) Une fois cette traque à l’UPC achevée, c’est à ces traqueurs que l’indépendance a été offerte or nous savons tous que la liberté ne se donne pas, elle s’arrache. Ceux qui ont voulu l’arracher, chez nous, ont été discrédités par leurs frères. Pour ses successeurs condamnés à l’exil, ils ont, eux aussi, été assassiné comme et traités de terroristes par les pouvoirs postcoloniaux. Thomas Deltombe, Manuel Domergue et Jacob Tatsitsa le montrent à merveille dans le livre : Kamerun. Une guerre Cachée aux origines de la Françafrique 1948-1971, paris La Découverte, 2010.

 

                                              Remember Um Nyobe !

 

 

Ulrich Tadajeu



13/09/2012
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