L\'Afrique peut!

L\'Afrique peut!

Qui a dit que l'Histoire est le « récit du passé basé sur les écrits » ?

 

Dans ce billet, je remets en cause la définition de l’histoire dispensée au primaire et au secondaire et qui stipule que « l’Histoire est le récit du passé basé sur l’écriture ». Je propose que cette définition soit bannie des manuels scolaires pour que la réelle définition soit utilisée.

 

 

En ce début d’année scolaire pour les élèves et écoliers Camerounais, j’aimerais déconstruire un mensonge que j’estime fondateur en ce qui concerne l’enseignement de l’Histoire aux cycles primaire et secondaire. J’ai été victime de cela, certes, mais je suis très rapidement entré en possession de la réalité. De quoi s’agit-il ? La définition de l’histoire que nos enseignants ont passée le temps à nous dispenser et continuent de le faire au grand dam de l’éveil de l’Afrique. Cette définition stipule exactement que l’histoire est le « récit du passé basé sur les écrits. » De cette définition, deux constats peuvent être faits : l’objet de l’histoire c’est le passé. Ensuite, pour « réciter » le passé, l’historien se sert des sources qui, selon cette définition, sont exclusivement écrites. On pourrait dans une certaine mesure dire que « pas de document écrit, pas d’histoire. » Pour l’appliquer à l’histoire africaine en utilisant le raisonnement syllogique, on conclura ainsi : l’histoire se fait avec les documents écrits. L’Afrique n’a pas laissé de traces écrites. L’Afrique n’a pas de passé et donc pas d’Histoire. Il est clair que l’enjeu de telles affirmations est essentiellement idéologique. Précisément, il s’agit de dénier l’historicité des peuples africains pour faire commencer leur histoire avec l’arrivée occidentale. La loi de février 2005 sur l’enseignement des effets positifs de la colonisation confirme ce révisionnisme. Mais, il est désormais réducteur de fermer la science historique au plan heuristique dans une simple collecte de documents écrits et au plan épistémologique dans un récit fade et statique du monde passé.

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Des élèves en salle de classe. Crédit image: africapresse.com

 

Diverses sources servent à écrire l’Histoire.

L’histoire est, selon nous, la connaissance du passé dans sa dynamique. Laquelle connaissance est rendue possible par les traces laissées par l’Homme. Ces traces peuvent être écrites (rapports, mémoires, interview, notes de service, tracts, communiqués, actes de naissance, carnets de voyage…), orales (contes, légendes, épopées, mythes, témoignages), iconographiques (photo, images…), archéologiques… La finalité de la science historique étant de connaitre le passé pour comprendre le présent et préparer l’avenir. C’est dire que l’histoire concerne l’Homme et partout où il y a l’Homme, il y a l’Histoire. Encore que certains peuples ont des spécificités. En Afrique par exemple, l’oralité occupe une place importante, elle représente un « musée vivant » et il est impossible de se lancer dans la connaissance du passé sans prendre en compte ce riche patrimoine immatériel. Ahmadou Hampate Bâ pensait d’ailleurs à ce sujet que l’écriture n’est qu’une photo du savoir. Le savoir en lui-même n’est pas l’écriture. En Afrique c’est l’oralité. Les jeunes qui ont été formés dans ce moule doivent comprendre que cette conception de l’Histoire est réductrice et inscrit dans leur imaginaire une conception erronée de la science historique. Certains vont jusqu’à dire que l’Afrique n’a pas d’Histoire parce qu’elle n’a rien laissé d’écrit. Or, les palais royaux, les villages regorgent des traditions orales qui renseignent suffisamment sur le passé africain. C’est l’occasion de citer ici les joueurs de griot ou encore les danseurs de Mvet qui, à travers, leurs chants transmettent l’histoire d’un personnage ou d’un village. La majorité des chefferies de l’ouest-Cameroun connaissent leurs origines grâce aux traditions orales. Cette erreur ou ce mensonge fondateur sur les sources de l’Histoire a été remis en cause par plusieurs Historiens africains et même étrangers. C’est le cas du médiéviste Jacques Le Goff qui, dans une interview en 2004, déclarait ceci : « Je pense par ailleurs qu’il y a une grosse erreur, que l’on véhicule encore, à faire coïncider le début de l’histoire et l’écriture. Il y a à mon sens histoire à partir du moment où il y a témoignage sur une perception du temps qui coule. » Mais, il faut qu’on soit clair : nous pensons, en fonction des enjeux que nous avons cités plus haut, qu’il s’agit plus d’un mensonge savamment orchestré que d’une erreur inopinée.

 

L’Histoire est la connaissance dynamique du passé

Par ailleurs, cette définition présente l’histoire comme un récit. C’est-à-dire quelque chose déjà connue qu’il faut juste réciter et mémoriser les dates. D’ailleurs certains sont allés jusqu’à confondre la science historique à la chronologie qui n’est qu’une approche dont se servent les historiens. D’autres manifestent une réticence vis-à-vis de l’Histoire parce qu’ils disent ne pas avoir la « tête » pour mémoriser toutes les dates. Enfin, il y a ceux qui estiment que l’Histoire c’est du « déjà connu » et il n y a plus rien à ajouter. Dans cette optique, l’histoire serait périmée et ne servirait à rien. Cet autre mensonge pourrait être lié au premier dans la mesure où il pousse bon nombre de jeunes camerounais à manifester un désintérêt pour l’histoire. Laquelle situation les empêchera de déconstruire l’assise idéologique qui a servi de base à leur asservissement colonial voire postcolonial. L’histoire est une connaissance intégrale de l’Homme dans sa dynamique et ses activités passées. En tant que telle, l’histoire est une science qui s’intéresse aux dynamiques humaines, aux activités humaines, aux raisons qui poussent les Hommes à agir et aux conséquences de ces actions. Pour les contemporains, il s’agit de se définir à partir de ceux qui les ont précédés et de l’héritage légué. En plus, l’histoire ne peut être un simple récit. Si c’était le cas, elle ne servirait à rien. Elle est globalement compréhension de l’Homme dans son environnement dans le passé.

Pour une ouverture !

Il faut donc revoir cette définition fondatrice qui, me semble-t-il, a toujours pignon sur rue dans nos écoles et lycées. Laquelle définition empêche aux élèves et parfois aux étudiants de connaitre effectivement ce qu’est l’Histoire ainsi que son importance et ses enjeux dans la construction des nations et des Etats. Tant au niveau des sources utilisées qu’au niveau de l’objet, on passe le temps à enseigner aux jeunes camerounais une histoire fermée, statique, caduque et sans ouverture. Or le propre de l’Histoire c’est de connaitre le passé pour comprendre le présent et ouvrir sur l’avenir. Qui plus est pour l’Afrique dont l’Histoire a longtemps été niée et déniée.

 

TamaAfrika !

Because it’s possible !



01/09/2013
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