L\'Afrique peut!

L\'Afrique peut!

Les poses des premières pierres sont en marche, la "nouvelle dynamique", pas encore.

C’est désormais une tradition chez moi, le 31 Décembre. Me placer devant mon écran pour écouter à partir de 20h le message du « potentat » à la Nation. Je me suis toujours demander si ce message était fait en direct comme la CRTV le prétend mais on vous dira que c’est sans importance. Mais la n’est pas l’objet de ce billet. J’ai regardé et écouté une fois de plus notre « leader bien aimé président fondateur » cette année. Le message principal qu’il voulait passer est que « la nouvelle dynamique est en route et rien ni personne ne pourra l’arrêter. » Je me demande dans ce billet si la nouvelle dynamique est-elle réellement en route ? Qui veut arrêter cette nouvelle dynamique ? Qui a l’intention de l’arrêter ?



                    Paul Biya - 31/12/201. Source:Cameroon-info.net

 

Plus qu’un catalogue de pose de premières pierres.


Au niveau énergétique et minier, « le Cameroun est en chantier. » Après avoir énuméré une pille de « pose de première pierres » comme on a été témoins cette année au Cameroun, le président déclare joyeusement que le Cameroun est en chantier.  Mais il poursuit en disant peut être en se trahissant : « Et tout permet de penser qu’il continuera de l’être pendant longtemps encore ». En Français facile, si on a attendu trente années pour lancer les grandes réalisations, les poses de première pierre sont le début d’un processus qui peut mettre aussi longtemps que possible. L’essentiel étant que « nous sommes en chantier. » Mais de quels chantiers s’agit-il ? En plus, le slogan du président a été clair : « Le Cameroun des grandes réalisations » et non « le Cameroun des grands chantiers » même si pour arriver aux réalisations, il faut passer par les chantiers. Qu’on taise un peu ces poses de premières pierres et qu’on passe aux inaugurations.  Certains lancements sont annoncés pour cette année notamment le barrage de Mekin. Cette partie a permis de ressasser un tas de poses de premières pierres qui ont eu lieu dans notre pays en 2012 et d’annoncer d’autres pour l’année qui commence. Mais comme disait mon maitre à penser Achille Mbembe au sujet des relations France- Afrique, « il faudra plus qu’un catalogue d’intentions ». Au sujet du Cameroun, pour que nous parvenions au développement, il faudra plus qu’un catalogue de folklores autour des poses de premières pierres mais des actes et des inaugurations. Bref les Camerounais sont devenus des « Thomas » et verront avant de croire car depuis longtemps, on ressasse des projets, on fait des promesses mais on accuse la crise, on rejette toute la responsabilité sur la crise comme si d’autres pays ne se sont pas développés dans le même contexte de crise. 

 

La modernisation agricole arrivera.


L’autre aspect de l’économie que « président fondateur » a abordé a été l’agriculture. En effet, il nous faut une agriculture moderne et mécanisée qui sera le pas vers la « Révolution agricole ». Une autre bonne intention qui attend toujours des actes. A ce niveau, l’acte a été « l’exposition des grands axes de ce qui devrait être une véritable « révolution agricole » au Comice d’Ebolowa». Le reste c’est au futur et les avantages de cette agriculture de seconde génération notamment l’autosuffisance alimentaire. Dans les faits, c’est tout le contraire. L’agriculture est encore archaïque. Les moyens utilisés, les fonds, les engrais n’arrivent pas à tous. Plus que des intentions comme c’est toujours le cas, il faut des actes. Il ne faut pas des axes sans actes. C’est ce dont on a besoin en ce qui concerne l’agriculture qui est le secteur clé du développement des peuples.

Sur le plan économique, tout roule, tout baigne. Les emplois augmentent et vont continuer à augmenter. On est passé au budget programme : « le passage d’un budget de moyens à un budget programme, établi sur la base d’objectifs à moyen terme, assortis d’indicateurs mesurables et conformes à notre stratégie de développement. Nous pourrons ainsi mieux mesurer nos performances et corriger éventuellement leur trajectoire ». Nous verrons avant de croire même si le président semble nous entrainer dans un monde parfait où tout était bien, tout est bien et tout ira bien sur le plan économique mais comment se fait-il que le niveau de vie des Camerounais est toujours aussi piteux ? L’économie serait-elle un concept imaginaire où tout peut aller bien dans les phrases, dans certains chiffres sans que les Hommes n’aillent bien ? C’est une dissonance habituelle que les régimes postcoloniaux Africains ont héritée de la colonisation et qui les oblige à dire tout le contraire de la réalité. On a l’impression que dans un pays, on vit dans deux espaces : un espace super bien où tout roule, tout baigne comme nous le montre « président fondateur » et un autre, celui que les Camerounais connaissent où les choses ne vont pas bien même s’il y’a quelques avancées.

 

Société bloquée


Au niveau social, l’éducation, la santé, le logement social et la situation des retraités ont retenu l’attention du « potentat ».  Pour améliorer le niveau de vie des Camerounais, les infrastructures ont été construites, des ressources humaines et des secteurs spéciaux ont été abordés. Seulement l’éducation au Cameroun a encore d’énormes problèmes. Le quota enseignants-élèves qui en est l’un des plus criards. Dans les zones les plus reculées du pays, il est difficile d’avoir des enseignants pour des élèves. A quoi bon créer des écoles, des lycées chaque jour pour des demandes politiques alors qu’il n’ya pas de formateurs pour les encadrer ? L’autre problème de l’éducation est celui de la visée de cette éducation. Il faut dire que l’éducation au Cameroun n’est pas encore parvenue à fabriquer un nouveau type de Camerounais capable de prendre en compte sa réalité sociale et d’en formuler des réponses à cette réalité. Pour la santé, le président a parlé d’infrastructures, de sécurité sociale mais on peut constater sur le terrain que, lorsque les Camerounais se rendent dans les hôpitaux en état d’agonie, on leur demande d’abord de l’argent.

 

Quelles avancées politiques ?


Sur le plan politique, « président fondateur » a présenté ce qui apparait selon lui comme des réussites notamment le nouveau fichier électoral et l’introduction de la biométrie. L’autre « grande réussite » du régime a été l’adoption du code électoral.  Voila les deux grands faits politiques de l’année 2012 au Cameroun qui vont dans le sens de la « modernisation de notre processus démocratique ».  Pour les inscriptions sur les listes électorales et la biométrie, « leader bien aimé » a été obligé « d’adresser une invitation pressante aux Camerounais de s’inscrire massivement sur les listes électorales ». Pourquoi chaque fois, « leader bien aimé » doit appeler les Camerounais à faire ce qui relève de leurs droits ? Au lieu de prendre le problème par le bas, il faut l’attaquer par le haut. Pourquoi une telle « dé-socialisation » politique ? Ensuite, la refonte du fichier électoral et l’introduction de la biométrie sont peut être des avancées mais nous restons sceptiques dans la mesure où si elles ne sont pas accompagnées d’une réelle volonté politique, ce sont des intentions de plus et de trop. Car ce sont les hommes qui manipulent cette biométrie et peuvent en faire ce qu’ils veulent. Il faut, pour la modernisation du processus démocratique, une réelle volonté politique.  Le Cameroun a un nouveau code électoral unique. C’est une « avancée » selon « président fondateur ». Sans entrer au fond de la question, je veux juste me questionner sur la crédibilité de ce code qui n’a pas fait l’unanimité à l’Assemblée Nationale. Pourquoi s’enorgueillir dans un tel contexte ? L’un des principes des élections démocratiques c’est que le résultat fasse consensus. Pour que ce résultat fasse consensus, il faut que les règles du jeu fassent l’unanimité. Il me semble que ces règles du jeu n’ont jamais fait l’unanimité et, avec le spectacle de l’assemblée nationale cette année, elles ne feront jamais l’unanimité. Ce code électoral est une avancée pourquoi et pour qui ? La modernisation du processus démocratique pourquoi et pour qui ? Sauf si, président fondateur et sa grande famille politique conviennent avec Achille Mbembe que « l’opposition Camerounaise est imbécile » et que leurs objections à l’endroit de ce code électoral reflètent leur posture « imbécile ».  Si pour notre « potentat », le Cameroun va bien et très bien même, c’est le contraire dans les faits.  La liberté de manifestation n’a pas été la chose la mieux partagée cette année. Différentes manifestations de l’opposition et de la société civile ont connu des interdictions illégales et des descentes des forces de l’ordre.  Les Camerounais ont vu et ce sont des faits qui contredisent les propos du chef de l’Etat au sujet de la modernisation démocratique. La démocratie ce n’est pas seulement les élections c’est aussi la liberté d’expression, la liberté de manifestation. Comment parler d’une modernisation démocratique alors que dans les faits, des manifestations sont interdites ? La conférence de presse du MRC (Mouvement pour la Renaissance du Cameroun), les manifestations de l’ADDEC (Association de défense des droits des étudiants) et du SDF (Social democratic Front) … ont été interdites en 2012.

 

 Quelques difficultés mineures  mais la « République est en prison ».


« Leader bien aimé » a fini son propos en esquissant quelques difficultés et en enrichissant le vocabulaire politique Camerounais d’un terme : « la myopie politique ». Comme à l’accoutumée, il a relativisé voire minimisé les difficultés : « Ces comportements délictueux sont le fait d’une minorité… »  Ces maux sont entre autres la corruption, l’inertie, l’incompétence… Tous ceux qui mettent en pratique ces maux donnent l’opportunité aux « myopes politique » de ne pas voir que le train Cameroun est en marche. La « myopie politique » est selon « président fondateur » l’état de ceux qui refusent de voir que le Cameroun est en route, que la nouvelle dynamique est en marche. Ceux la ne seraient pas objectifs. Elle pose tout de même un problème. Celui de savoir qui est « myope politique » au Cameroun ? Les faits énoncés plus hauts en dissonance avec les discours peuvent donner des tentatives de réponse.  Par ailleurs, la tendance à minimiser les difficultés et l’impact des mauvaises graines ne peut plus fonctionner. En 2012, le dernier membre qu’il restait pour un gouvernement à kondengui est tombé. Avec l’arrestation de Inoni Ephraïm et Marafa Hamidou Yaya, un gouvernement complet s’est retrouvé en prison. Mais pour « président fondateur », c’est juste quelques uns qui détournent de l’argent.  C’est curieux. Il faut bien reconnaitre que les difficultés sont importantes et ne sont pas de l’ordre d’une minorité mais d’une majorité. Le quotidien « Le Jour » dans son édition n°1171 du 18 Avril 2012 titrait en une : « La République en prison ». On y constate que tout un gouvernement se trouve en prison. L’autre question fondamentale est la suivante : si on « admet » (ce qui est discutable) que l’opération épervier est fondée sur des bases républicaines, comment tout un gouvernement ainsi que des directeurs généraux peuvent se retrouver en prison et que le capitaine du bateau soit toujours traité de victime ? Le président n’aurait-il pas la maitrise de ceux qu’il met aux hautes fonctions et l’espèce camerounaise est une « mauvaise espèce » sauf le « leader bien aimé » de cette espèce ?

 

Des annonces Caduques.


« Président fondateur » a fait des annonces lors de son allocution. Nous avons dénombré trois annonces : la gratuité des Cartes Nationales d’Identité dès le 1er Janvier, la mise sur pieds sur pieds du conseil constitutionnel après les élections sénatoriales qui auront lieu cette année, la célébration du cinquantenaire de la Réunification cette année.  Pourquoi des annonces caduques ?

 

C’est la seconde fois que « président fondateur » annonce la gratuité des Cartes Nationales d’Identité. Je ne sais pas comment ça s’est passé la première fois parce que j’ai fait ma carte depuis en tant que citoyen et au taux normal. Je me demande seulement si cet argent prélevé pour les cartes d’identité entre dans les poches de « président fondateur » ou dans les caisses publiques. « Président fondateur » peut-il d’un coup décider que les Cartes Nationales d’Identité soient gratuites ?  Concernant la seconde annonce qui est la mise sur pieds du conseil constitutionnel et des élections sénatoriales, nous verrons avant de croire. C’est la dernière annonce qui, à mon avis, pose plus de problèmes. En 2011, voici ce que le « propriétaire du palais d’étoudi » disait : « le cinquantenaire de la Réunification sera célébré dès que possible à Buea ». Ce « dès que possible » c’est cette année me semble-t-il.  De quel cinquantenaire s’agira-t-il ? C’est désormais une coutume dans notre République. Désacraliser les moments fondateurs de notre pays. Quoiqu’on fasse, on célèbrera le « cinquantenaire » de la Réunification mais ce ne sera plus le cinquantenaire de la Réunification.  Ces annonces sont de ce fait caduques, imprécises et surtout sans fondement objectif.  Pour le reste, il faudra voir avant de croire.

 

À la différence du message de 2011, le président a fait un bilan. Même s’il n’est que pose de première pierre, même s’il est déconnecté du vécu, c’est un bilan.  Un bilan qui, pour être positif comme le prétend « leader bien aimé »,  devrait être celui du « Cameroun des grandes poses de première pierre » et non celui des « grandes réalisations ».  Les poses de première pierre sont an marche, la nouvelle dynamique, pas encore.

 

 

NB: les termes "potentat", "leader bian aimé", "président fondateur" renvoient au président et caractérisent la sacralisation qui entoure son pouvoir.

 

voici le lien du discours de Paul Biya

 http://www.cameroon-info.net/stories/0,39875,@,31-decembre-2012-message-du-chef-de-l-etat-a-la-nation-la-mise-en-place-du-conse.html



02/01/2013
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