L\'Afrique peut!

L\'Afrique peut!

« Plus qu’une sœur, la Chine est une bonne amie de l’Afrique »

 

credit image: un.org 

 

Dans ce billet, je vais vous donner le compte rendu d’un livre que j’ai lu : Ateba Eyene Charles, la pénétration de la Chine en Afrique et les espoirs de la Rupture du pacte colonial avec l’occident. Pour une coopération sino-camerounaise en béton, Saint Paul, Yaoundé, 2010.P 151. Il s’agira des mérites de la coopération sino-Africaine ais j’essaierai à la suite de Charles, donner mon point de vue sur cet ouvrage.

 

Préciser le contexte de cet ouvrage et son prétexte  vous permettra d’apprécier davantage les positions prises par l’auteur. En effet, dans le contexte de mondialisation qui est le notre marquée par la décrépitude du modèle occidentale et aussi la montée en force de l’empire du milieu, les Etats Africains doivent diversifier leurs partenaires et se tourner véritablement vers la chine pour être émergents. Ceci d’autant plus que la chine est plus proche socio culturellement et même historiquement que l’Afrique. Encore qu’elle n’est pas regardante sur la politique intérieure, les droits de l’Homme comme les Etats occidentaux. Le prétexte de cet ouvrage c’est le voyage en Chine de l’auteur en 2009 dans le cadre d’un séminaire de formation organisé par le PCC à l’intention du membre du RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais)(parti au pouvoir). La découverte de la Chine, loin des faussetés distillés par les médias occidentaux l’ont amené à y écrire un ouvrage pour promouvoir la coopération sino-africaine.

 

De la géographie chinoise à la communication au sein du PCC, l’auteur qui se qualifie de sinologue montre le fonctionnement de la société chinoise. Le territoire chinois est vaste, l’organisation administrative est hiérarchisée mais dominée par le PCC qui est responsable devant le peuple. Concernant le fonctionnement du PCC, Ateba Eyene pense qu’il fonctionne comme tout parti normal. Il y’a des sources de financement, des conditions d’adhésion, de la tenue des congrès après 5 ans et de l’idéologie marxiste léniniste.  Plusieurs moyens sont utilisés dans le domaine de la communication. Laquelle communication doit garantir la paix et la stabilité.

 

Selon Charles Ateba Eyene, il existe des sujets qui fâchent au sujet de la Chine. Ces sujets sont des contrevérités et des préjugés que les médias occidentaux pompent en Afrique pour développer au sein des populations de ce continent une peur de la chine que nous pouvons qualifier de « chinophobie ». Parmi ces sujets, il cite le communisme chinois, les libertés et droits de l’homme, la démographie, la peine de mort et le terme « chinoiserie » pour qualifier un produit de mauvaise qualité. Ce qui voudrait dire que tout produit de mauvaise qualité vient de la Chine. On entend très souvent dans nos marchés, dans nos rues, dans nos services publics : «  c’est le chinois » ou encore « chinoiserie » pour dire : « comme ça vient de la Chine, c’est de mauvaise qualité ». Selon l’auteur, c’est un discours et une habitude que l’occident a imposés aux Africains quant on sait que les produits utilisés de ce coté la sont aussi des produits chinois.

 

La  chine et l’Afrique sont frères et sœurs selon l’auteur car au plan historique, les deux espaces ont connu une domination étrangère, au plan politique, il y’a des partis RDPC (Cameroun) et PCC (Chine) et sur le plan économique, les deux pays sont classés par la Banque Mondiale au rang de pays pas riches. Des ressemblances et rapprochements qui devraient se matérialiser par une coopération fructueuse comme l’illustrent les cas du Soudan qu’il prend pour exemple. Le Modèle Chinois serait plus proche de l’Afrique et conviendrait davantage aux peuples africains qui cherchent depuis belle lurette une issue à l’impasse de la coopération avec l’Europe narcissique. Plus qu’un essai, ce livre est une invitation adressée aux dirigeants Africains à se tourner vers autre chose que l’Europe. Cette autre chose, plus proche de nous historiquement, économiquement, politiquement, c’est l’empire du milieu qui est « une bonne amie de l’Afrique ».

 

L’importance et les idées développées par l’ouvrage de Charles Ateba Eyene sont louables à l’heure de la mondialisation. En effet, les Etats Africains doivent scruter d’autres types de coopération loin des coopérations coloniales qu’ils entretiennent avec les ex puissances coloniales.  Seulement, nous pouvons nous inquiéter de la place de la Chine en Afrique aujourd’hui pour nous demander si le problème ne reste pas toujours. Parce que, depuis près d’une décennie que la Chine a complètement mis les pieds en Afrique, le changement n’est pas véritable et le transfert des technologies n’est pas encore une réalité.  En plus, l’idée selon laquelle la Chine et l’Afrique sont des sœurs ne tient pas la route parce que le système de domination que l’Afrique a connue n’a pas été le même que celui de la Chine. Alors qu’en Chine, on a eu affaire à une domination à travers une dynastie étrangère et quelques invasions repoussées et contestées, en Afrique, il s’agissait  d’un système colonial qui s’est appuyé sur un arsenal idéologique, politique, juridique et économique. Donc, le formatage  culturel dont les Africains ont été victimes n’a pas été le même que celui de la Chine. Les sociologues ont parlé d’assimilation culturelle et autres avec pour principe : « reste ce que tu es et tu seras nié ou deviens ce que je suis et nie-toi toi-même ». Faire un rapprochement entre ces deux sociétés à ce niveau relève à notre avis de la sélection historique. Concernant l’aspect économique, la Chine ne se trouve plus au même niveau que l’Afrique comme c’était le cas, il y’a des décennies. La chine domine déjà l’économie mondiale et n’a plus les mêmes intérêts et même revendications que les pays Africains. La coopération entre les deux entités ne se fera plus comme pendant la période du « non alignement » mais c’est une coopération dans laquelle la chine aura à cœur de gagner au maximum pour atteindre les objectifs de croissance qu’elle s’est fixée. 

 

En définitive, cet ouvrage est intéressant parce qu’il propose à l’Afrique une solution alternative dans les relations qu’elle entretient avec le monde à l’ère de la mondialisation. Seulement, il ne prend pas suffisamment en compte les réalités de l’heure et les enjeux de la Chine. L’Afrique pourra coopérer sérieusement avec le monde, quel qu’il soit, lorsque les leaders  et diplomates Africains défendront valablement les intérêts de ceux et celles qui les ont mis aux hautes fonctions.

 

 

 Charles Ateba Eyene

 

 

                                                                                                                       

  Ulrich K. Tadajeu



08/09/2012
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