L\'Afrique peut!

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« Ce n’est pas lui qui est responsable »

 

crédit image: cameroon-info.net

 

Je suis un abonné des émissions sur les télévisions et radio camerounaises. C’est normal puisque jusqu’à présent, j’ai une carte nationale d’identité camerounaise et mes ambitions intellectuelles m’imposent d’être à la une des news. Pour cela, j’en suis servi par ces débats quelques fois intéressants, quelques fois aussi piteux. Dans la plupart de ces débats, lorsque des questions sont posées aux thuriféraires du RDPC, parti au pouvoir en terre camerounaise, et à certains sympathisants relativement aux responsables de la situation actuelle du Cameroun, tout le monde est cité sauf le chef, le capitaine du navire. On a entendu des gens dire « il a à ses cotés des bandits », « il a une ligne politique intéressante mais ce sont ses collaborateurs qui le trahissent », « il y’a des réseaux, une mafia à ses cotés et ce sont eux qui sont responsables de la situation ». Tout ceci traduit l’idée si bien évoquée par une panéliste dans un débat dimanche dernier : «  ce n’est pas le président qui est responsable ».

 

Qui est alors responsable de la misère ambiante des camerounais dans un régime de type « présidentialiste » (Emergence N° 0105, Lundi 23 juillet 2012) comme le notre où les textes juridiques (Art 5, 8, 9, 10) font du président l’alpha et l’oméga? Seraient-ce les ministres qui ont crée des cabinets du coté de Kondengui ? Finalement qui nomme ces ministres (Art 10 de la constitution) pour qu’ils se trouvent du coté de Kondengui ? Comment un chef, élevé, il n’ya pas longtemps au grade de maitre suprême de la science, peut-il se tromper sur ses proches collaborateurs pendant des décennies et que certaines personnes disent haut et fort qu’il n’est pas responsable ? Je pense que c’est un disque gratté, cette justification banale. A qui revient la responsabilité de l’échec d’une entreprise, d’un établissement lorsque les résultats sont mauvais ? Au Cameroun, lorsqu’il y’a un prix, lorsque le Pays brille sur l’échiquier international, tous les mérites sont reversés au prince d’Etoudi, mais lorsque les choses vont mal et très mal, ce sont les Camerounais qui ne travaillent pas, ce sont les collaborateurs du président qui sont des bandits et qui ne veulent pas faire avancer le pays. Lorsque le Cameroun est champion du monde de la corruption, ce sont les Camerounais qui sont corrompus, le Saint-président n’est que la victime d’une espèce camerounaise qui lui veut du mal. Voila la réalité de notre pays, chercher ce qui est proche de nous très loin. Chercher à rendre des personnes responsables d’une situation et pérenniser un statu quo à la faveur de la croissance économique d’un clan et d’une caste politique.

 

C’est de mauvaise guerre pour notre pays car penser le Cameroun pour l’émergence suppose le Dé-penser tel qu’il est actuellement pour penser autre chose, pour mettre sur pieds un nouvel esprit critique loin des certitudes, non moins vraies, établies par les élites compradores actuelles. Il faut appeler le voleur par son nom et le remplacer toujours par ses voisins sous le prétexte pour des raisons financières ou politiques. Car pour solutionner un mal, il faut connaitre les responsables. Voici ce que l’alinéa 1 de l’article 10 de la constitution de 1996 déclare : « Le Président de la République nomme le Premier ministre et, sur proposition de celui - ci, les autres membres du Gouvernement.  Il fixe leurs attributions ; Il met fin à leurs fonctions ; Il préside les conseils ministériels.» C’est dire que le chef peut, au cas où un ministre fait mal son travail, démettre celui-ci de ses fonctions en mettant fin à ses attributions.

 

Il est de ce fait presqu’illogique de chanter sur les médias de notre pays, chaque jour que les responsables de la situation actuelle du Cameroun sont les collaborateurs de notre Chef. A moins que ce dernier n’est plus notre chef comme on le pense. Ça fait trente années que S.M le Prince dirige le Cameroun et comment, après trois décennies de règne, des gens soient toujours en train de dire : « ce n’est pas lui qui est responsable ». Qui est responsable ?

 

Cessons d’être incrédules et stupides au Cameroun ; cessons d’être hypocrites. Si nous sommes ce que nous sommes aujourd’hui, ce n’est peut-être pas à 100% à cause de notre leader bien aimé, mais c’est très majoritairement à cause des erreurs, de la mauvaise volonté politique, des mauvais choix et des mauvaises solutions que lui, en tête, et son équipe, ont commis au cours du trentenaire qu’il vient de passer au sommet de l’Etat.

 

Voila notre adversaire, reconnaitre nos tares pour les défaire, ne plus rejeter sur l’autre la responsabilité de notre situation misérable, mais partir des tares reconnues, identifier la vraie cible; déconstruire cet état d’esprit et cette situation pour construire un nouvel imaginaire de pouvoir et donc de vie. Cela ne sera possible que si on identifie la chaine de responsabilité de notre situation, une identification vraie et sincère, au service de notre futur commun et non pas une identification hypocrite et mensongère comme c’est le cas actuellement au service des intérêts particuliers de certains ainés sociaux et leurs prébendes.

 

                                                                                                                           Ulrich K. Tadajeu



25/08/2012
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