L\'Afrique peut!

L\'Afrique peut!

« Nos Héros ont été fauchés par des balles impérialistes. Ils sont des modèles pour nous»

le titre de ce billet est Inspiré d’une phrase de Sankara dans un discours prononcé le 8 octobre 1987 c’est-à-dire une semaine avant son assassinat dans le cadre d’une cérémonie honorant la vie de Che Guevara tué 20 ans plus tôt 

 

 

 

Un héros est une personnalité marquante d’une famille, d’un village, d’une ville, d’un pays, d’un continent, d’une planète qui se distingue par ses qualités exceptionnelles de bravoure envers la patrie peu importe le domaine dans lequel il exerce. En Afrique, le Héros répond, certes, à ces critères mais aussi à l’évolution de l’Histoire de ce continent. Continent dominé pendant longtemps de toute forme, il a eu besoin à une période donnée d’Hommes et de femmes aux qualités exceptionnelles pour le mener vers la liberté, pour le mener vers le bonheur. Ces personnes qu’on ne connait pas assez dans certains pays sont des Héros parce qu’ils se sont battus pour que les générations futures puissent se définir et magnifier leur appartenance à une Nation. Mais que sont-ils devenus ? Quel sort leur a été réservé ? Je m’appuierai sur trois héros africains appartenant à deux générations différentes mais ayant en commun le même combat, le même idéal : la libération totale et complète de l’Afrique. Il s’agit de Ruben Um Nyobe, le Camerounais, de Patrice Lumumba, le congolais  et de Thomas Sankhara, le Burkinabè pour montrer que malgré le sort qui leurs a été réservés, ces héros restent des héros et des modèles pour nous.

 

 

 

Um Nyobe, Patrice Lumumba et Thomas Sankara.

 

 

Trois révolutionnaires, trois nationalistes : deux générations différentes


Le Camerounais Ruben Um Nyobe qualifié par ses pairs de « Mpodol » c’est-à-dire le guide est né en 1919 et a mené des activités politiques en faveur de l’évolution du Cameroun vers l’émancipation. La bannière sous laquelle il menait ses activités se nommait l’Union des Populations du Cameroun (UPC) qu’il a crée avec des amis que Abel Eyinga a appelés « les douze de chez sierra » du nom du bar dans lequel ils créèrent le parti. L’objectif de ce parti était clair : permettre au Cameroun d’accéder immédiatement à l’unification et une indépendance dans les délais fixés « Nous demandons l'unification immédiate de notre pays et la fixation d'un délai pour l'indépendance». C’est ce qu’il s’est évertué à faire durant toute sa carrière politique, dans toutes les tribunes qui lui ont été offertes. Compte tenu de la menace qu’il représentait pour les intérêts coloniaux français, tout un plan, impliquant des acteurs internes et externes et une démarche, furent mis sur pied pour l’effacer complètement de la place publique. Ce qui sera fait le 13 septembre 1958. Il avait 39 ans.

 

Patrice Emery Lumumba quant à lui est né en 1925 et fut un homme politique congolais qui a marqué son temps par son esprit et son amour pour sa patrie et l’Afrique. Ce brillant orateur reçut une formation de missionnaire et exerça le métier de postier. Pour matérialiser ses idées et fédérer les congolais autour de lui, il mit sur pied en 1958 le MNC (Mouvement National Congolais) dans lequel il prônait l’indépendance unitaire du Congo. La table ronde de Bruxelles en 1960 fut d’ailleurs l’occasion idoine pour lui de défendre ses idées devant un public très large comprenant les colons belges et  les administrateurs congolais. Suite à la victoire de son parti aux élections de 1960, il était chargé de diriger le gouvernement  mais il fut destitué après l’accession de son pays à l’indépendance le 30 juin 1960. Une accession marquée par un de ses discours les plus virulents envers les pouvoirs coloniaux dans lequel il montrait toutes les turpitudes qui ont été infligés aux africains par les colons et souhaitaient une libération véritable de l’Afrique. C’est un Homme Politique qui faisait peur pour ses idées en faveur de l’émancipation de son peuple quant on sait que le Royaume de Belgique tirait toute sa richesse de ce vaste pays. Il a finalement été assassiné le 17 janvier après avoir été destitué le 9 Décembre 1960 par Joseph Kasavubu alors président du Congo Kinshasa. Il avait  35 ans.

 

Né en 1949 dans l’ancienne haute Volta, il reçoit une formation missionnaire mais devient vite militaire après son entrée dans les académies militaires. Il se liera d’amitié avec Blaise Compaoré qui deviendra un frère pour lui. Après de nombreuses épopées avec l’armée haute voltaïque et compte tenu de la notoriété qu’il a acquise, le jeune Thomas Sankara trouve que la Révolution est le cadre idéal de l’expression de ses idées politiques qui prônent la libération complète et totale de son pays et de l’Afrique toute entière. Une révolution qui aura lieu le 4 aout 1983 et qui porta Thomas Sankara à la tête de l’Etat. Par la suite, il fallait consolider la révolution. Il fut crée des comités de défense de la révolution pour propagander autour de la révolution. Ses discours populaires et populeux ont marqué l’Afrique et ont matérialisé la rupture dont il se faisait le porte étendard. Mais comme il est de tradition dans le jargon français ou francophone, son attitude n’arrangeait pas tout le monde et la révolution a commencé à pourrir de l’intérieur ; des divisions naquirent au sein du mouvement et atteignirent leur firmament en 1987.  Le 15 octobre 1987, il ne prononcera pas son discours car il sera assassiné à la suite d’un coup d’Etat mené par son ami de longue date, Blaise Compaoré. Il avait 38 ans.

 

Ces trois leaders avaient en commun plusieurs choses. Ils voulaient, dans toute la vérité possible, la libération totale et complète de toute l’Afrique en passant par leur pays car pour eux leur situation était juste le reflet des autres malheurs. Thomas Sankhara disait d’ailleurs : « Je ne parle pas seulement au nom de mon Burkina tant aimé mais également au nom de tous ceux qui ont mal quelque part (…) Mon pays est un concentré de tous les malheurs des peuples ». En plus, ils étaient tous des jeunes et à l’heure de leur mort, ils n’avaient pas encore atteint la quarantaine. Il fleurissait en eux le désir de voir l’Afrique libre, de voir l’Afrique parler par elle-même au même titre que les autres continents du monde. Mais leur sort a été le même : ils ont été assassinés.

 

Tout un processus d’effacement


Les idées et les actions de ces leaders étaient radicales et mettaient à mal les intérêts de certains Etats coloniaux en Afrique. Nous avons cité la France et le Royaume de Belgique. C’est ainsi que pour faire face à ces leaders, les autorités coloniales puis néocoloniales mirent sur pieds tout un processus d’élimination physique dans certains cas et même symboliques dans d’autres.

 

Décrédibilisez leurs actions


La première étape de ce processus était de décrédibiliser l’action de ces leaders. En effet, la période post seconde guerre mondiale qui a vu l’émergence des nationalismes africains était aussi la période de la guerre froide marquée par une opposition idéologico-politique et économique entre le Bloc capitaliste, libéral de l’ouest dirigé par les Etats-Unis et le Bloc de l’est communiste dirigé par l’Union des Républiques Socialistes et Soviétiques (URSS). Décrédibiliser l’action de ces nationalistes à cette époque consistait à leur attribuer arbitrairement la casquette de communiste car l’idée que se faisaient les opinions africaines de ce communisme était imposée par l’occident capitaliste. C’était une idée néfaste. En plus, l’Eglise Catholique utilisait le même subterfuge pour amener les populations à sortir de ces partis politiques. Au Cameroun, par exemple, la lettre des évêques Camerounais aux chrétiens à la fête de pâques en 1955 faisaient état de cela : « Nous mettons les chrétiens en garde contre les tendances du Parti Politique connu sous le nom de l’Union des Populations du Cameroun ». Comme le disait si bien Um Nyobe et Lumumba, ils n’ont rien à nous reproché et ils disent que nous sommes communistes. Si défendre l’intégrité de son peuple, c’est être communiste c’est que nous le sommes effectivement.  Voici ce que Lumumba disait d’ailleurs : « Ceux qui m’accusent de communisme n’ont rien à me reprocher. Si défendre la liberté de son peuple c’est être communiste, alors je suis communiste. En Afrique, tous ceux qui sont progressistes, tous ceux qui sont pour le peuple et contre les impérialistes, ce sont des communistes, ce sont des agents de Moscou!!! Mais tout ce qui est en faveur des impérialistes, celui qui va chercher chaque fois l'argent, le mettre en poche pour lui et sa famille, c'est un homme exemplaire, les impérialistes le loueront, le béniront. Nous sommes simplement des hommes honnêtes et notre seul objectif a été: libérer notre pays, construire une nation libre et indépendante. » Cette première action n’allait pas freiner l’action des nationalistes. Les autorités mirent sur pieds un second plan.

 

Barrez-leur la route


Ce second plan que nous qualifions de cooptation consistait au recrutement de certaines élites politiques opportunistes par les puissances coloniales ou néocoloniales afin d’assigner une mission à celles-ci : empêcher aux nationalistes de parler et de se faire écouter. C’est une attitude qui a permis aux pouvoirs coloniaux de créer une élite de compromis après avoir diviser le champ politique des pays Africains. Au Cameroun, face à Um Nyobe, le pouvoir colonial a mis les partis politiques. Nous pouvons citer ici certains hommes qui avaient la charge de se rendre à l’ONU pour discréditer le discours de Um Nyobe. Nous pouvons citer, ici, deux camerounais qui se rendirent aux Nations Unies le 17 Décembre 1952 : Charles Okala et Alexandre Douala Manga Bell. Ensuite les partis collaborationnistes qui ont été créés : Bloc Démocratique Camerounais (BDC), l’Union Camerounaise (UC). En RDC, Kasavubu, Mobutu, ont été coptés pour contrecarrer Lumumba et au Burkina Faso, Blaise Compaoré a été l’opportuniste, le traitre. Après ces deux étapes, la dernière était simplement l’assassinat.

 

Il est temps de les assassiner


Um Nyobe, Patrice Lumumba et Thomas Sankara ont tous été assassinés à la fleur de l’âge comme on a l’habitude de dire.  Ils n’avaient pas encore 40 ans.

Selon nos sources, l’assassinat de Ruben Um Nyobe fut un assassinat physique, certes, parce qu’il fut tué de plusieurs balles, tombant sur le bord d'un tronc d'arbre qu'il s'efforçait d'enjamber  près de son village natal, Boumnyebel, dans le département du Nyong-et-Kéllé dans la région du centre.  Mais ce fut surtout un assassinat symbolique parce qu’après avoir été tué, « les militaires traînèrent son cadavre dans la boue, jusqu'au village Liyong. Cela le défigura, sa peau, sa tête et son visage étant profondément déchirés. » Cette animalisation du corps de Um visait selon Mbembe à « détruire l'individualité de son corps et le ramener à la masse informe et méconnaissable ». Il poursuit, en disant : « on ne lui accorda qu'une tombe misérable et anonyme. Aucune épitaphe, aucun signalement particulier n'y furent inscrits. Puisqu'il fallait nier tout ce dont sa vie témoignait, en faisant un mort sans visage, rien ne devait subsister qui fît briller sur ce cadavre un dernier reflet de sa vie. Les autorités coloniales le firent enterrer sans cérémonie, immergé dans un bloc massif de béton. » Ce fut plus un assassinat symbolique qu’un assassinat physique car l’objectif était d’effacer complètement Um de la mémoire collective. Lequel objectif n’a jamais été atteint bien au contraire. Même si, les pouvoirs postcoloniaux ont repris à leur compte cet effacement et cette non reconnaissance du crane d’un parent mort pour nous. La situation de Um est emblématique parce qu’elle est unique en son genre et différente de celle des deux autres leaders.

Lumumba a été assassiné physiquement le 17 janvier 1960 par Mobutu mais quelques années après, il a été reconnu comme héros national. Ce fut en 1966. Quant à Thomas Sankara, il a été assassiné toujours par un coup d’état mené par Blaise Compaoré le 15 octobre 1987. Sa dépouille n’a pas connu le même traitement odieux que celle de Um Nyobe. Bref, voila ce qui est réservé à nos héros. Voila le destin macabre qui les attend.

 

Des Etats pris en otage !


Le problème de cette situation est que tous ceux qui ont dirigé nos états à une certaine période et qui continuent de leur faire sont ceux la même qui ont participé à l’élimination pure et simple de ces héros de la place publique. Ils n’ont jamais eu le courage de reparler d’eux parce qu’ils sont des traitres et des opportunistes. Comprendre la stagnation de l’Afrique est très facile car, incapable d’initiatives, incapables de produire des idées, ces leaders opportunistes Africains ont profité des gloires des autres, de ceux qui méritaient vraiment pour les descendre et s’installer confortablement au pouvoir.

 

Un Héros reste un héros !


Malheureusement, l’objectif de cette traque par les pouvoirs vis-à-vis  des leaders nationaux n’a jamais été atteint. A force d’empêcher au peuple de connaitre ceux qui se sont battus pour lui, on finit par créer en ce peuple une sorte d’amour de ces leaders inconnus. L’autre conséquence est que les Africains ont la difficulté, aujourd’hui, de se faire confiance car la traitrise comme ça a été le cas pour ces leaders est de plus en plus la chose la mieux partagée.

 

Or L’Afrique se lèvera, « l’Afrique brillera de mille feux » lorsqu’elle aura compris la place que peuvent occuper ces héros dans la construction de nos identités et donc, dans la mémoire collective. Voila nos modèles ! Voila les veilleurs ! Il ont ouvert le chemin, ils nous ont éveillés et nous ont invités à marcher. Certains n’ont pas eu le temps de nous inviter à marcher parce qu’ils ont été abattus sur le ring. A nous de continuer le combat, a nous de continuer le chemin en tenant compte de notre époque, en actualisant le combat car comme le disait Thomas Sankara au sujet de Che Guevara : « Che Guevara a été fauché par des balles, des balles impérialistes sous les cieux de Bolivie. Et nous disons que Che Guevara pour nous n’est pas mort.» A nous, d’avoir ces héros pour modèle !

 




22/10/2012
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