L\'Afrique peut!

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COUPURES A DSCHANG 3

« Celui qui observe avec un regard autre et ne peut  pas apporter une analyse pour une meilleure observation n’apporte pas grand-chose pour l’avancement  des choses. » Dans mes papiers ou mes billets récents, j’ai essayé de vous faire part de la misère dans laquelle les étudiants de Dschang se trouvent depuis près de trois mois alors qu’ils préparent les examens de fin de second semestre. Il est clair que tout le monde n’a pas eu l’habitude de lire avec la lampe ou avec la bougie d’où l’inaptitude qu’auront certains camarades à lire pendant cette période. C’est vrai d’un autre coté que d’autres ont les groupes électrogènes, mais ils sont combien, je me demande ?

 

Je m’en vais vous décrire le déroulement de ces coupures d’électricité et je me questionnerai aussi sur la duplicité des discours et des attentes du « Haut » adressées au « Bas ». Il y’a trois types de coupure d’électricité à Dschang : premièrement, il peut avoir des coupures en longueur de journée ce que j’appelle les jeux de lumière. Vous vous réveillez avec la lumière, vous avez le temps d’écouter le « 6h » sur la CRTV et la revue de la presse de Canal 2. A partir de 9h00, le festival des coupures commence, on dirait l’arbre de noël avec des jeux de lumière. Coupure 30 min, retour 5 min, coupure et ceci jusqu’à au moins 16h00, heure à laquelle ça part définitivement ou ça reste. Mais généralement ça part pour revenir vers 18h, question pour les fans du football de regarder la coupe d’Europe et jusque là, il y’a des jours où en regardant les matchs, vous êtes submergé et harassé par les aller-retour de la lumière. Ensuite, il y’a ces aller-retour nocturne, mais le second type de coupure, c’est la nuit, à partir de 19h30 et jusqu’à une certaine heure de la nuit mais comme la nuit est faite pour dormir, je me réveille le matin avant de me rendre compte. Enfin, il y’a le dernier type de coupure, vous vous réveillez sans électricité. Il faut dire que c’est difficile que ces trois types s’enchainent. Avant-hier, lundi, il y’a eu le second type à savoir une coupure de nuit qui n’est revenu que tard dans la nuit ou tôt le lendemain, moi je dormais. Hier, c’était le premier type mais dans l’après-midi. Près d’une heure de temps entre 16h et 17h. Vous voyez bien que le phénomène des coupures peut faire l’objet d’un questionnement et d’une étude scientifique au delà du questionnement sur les causes, puisque nous ne les connaissons pas. Ce décor planté, je continuerai avec la duplicité du discours dans la postcolonie camerounaise.

 

Voici ce que notre loi fondamentale dit dans son préambule : « L'Etat assure à tous les citoyens les conditions nécessaires à leur développement ». Plus récent l’appel des autorités de notre pays à ce que les jeunes doivent travailler, doivent étudier, doivent se former pour répondre aux questions que se pose notre fameux pays. Comment voulons-nous d’un coté une jeunesse qui ose et de l’autre rien n’est fait pour qu’elle ose ? C’est cela la duplicité, le double-langage. On proclame quelque chose alors que dans les faits, tout est mis en œuvre pour la non-réalisation de ce qui est proclamé. On ne peut pas demander à une jeunesse de travailler et d’étudier alors que les conditions de travail ne sont pas réunies. Nous savons, tous, la richesse intellectuelle, le pole d’excellence qu’est la ville de Dschang mais comment la recherche peut avancer sans électricité ?

 

Tous ces laboratoires qui subissent à longueur de journée les affres des jeux de lumière. Ces appareils des jeunes entrepreneurs, détenteurs de bureautiques et de cyber café qui s’altèrent à cause des intempéries.  A coté de ceux-ci, les férus d’information, ceux qui ont l’habitude de faire des recherches régulièrement pour aiguiser leur pensée et la mettre au service des autres ne peuvent plus travailler, ne peuvent plus se mouvoir dans ce sens. C’est vrai, il y’a des chantiers et autres mais je pense qu’il y’a des priorités. Une ville universitaire est une fenêtre pour un pays car c’est un carrefour. Beaucoup de personnes s’y rendent, c’est un pole d’excellence où des recherches doivent être faites pour illuminer et éclairer la société mais comment une ville comme Dschang qui est une des fenêtres de notre pays peut connaitre une faible alimentation en électricité ? Quelle Histoire, quelle écriture de nous, nous narrons au monde à travers ces coupures à répétition de lumière quand-t-on sait que la ville de Dschang est devenue un carrefour où se retrouvent plusieurs nationalités africaines et du monde ?

 

Dans un article précèdent, je rappelais déjà que le mythe selon lequel les jeunes doivent travailler sans rien attendre ou en faisant fi des autorités est irréalisable dans notre contexte et c’est un discours hypocrite car, c’est d’ailleurs ce que je propose, les autorités et les jeunes doivent agir réciproquement pour que la détermination des jeunes rencontrent la volonté politique des autorités. Sinon, les situations comme c’est le cas à Dschang aujourd’hui existeront toujours au grand désarroi de la jeunesse et de notre cher et beau pays.

 

Pour finir, je dirai que chez nous au Cameroun, lorsque les choses vont mal, on dit qu’elles vont bien et on ne sait jamais quant est-ce que les choses vont mal ou elles vont bien. Nous comprenons cette logique qui est celle du « Haut », mais c’est de l’hypocrisie politique marquée par ce double langage que j’ai évoqué plus haut. Il faut bien sortir de cet état des choses qui n’affecte que les « subalternes » ou le « Bas » et pour cela les autorités politico-administratives doivent se rendre compte de ce double langage qu’ils tiennent pour que l’Etat « assure à tous les citoyens les conditions nécessaires à leur développement ».

                                                                                                                          

Ulrich K. Tadajeu



04/07/2012
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