L\'Afrique peut!

L\'Afrique peut!

Lettre d'un jeune Camerounais à son président.

Dans cette lettre que j’adresse au président, j’y peints la réalité dans la ville de Dschang à l’approche de la fête de la jeunesse et de l’examen du 1er semestre. Une réalité de coupure d’électricité.  Une réalité distante des discours et autres sermons « étoudiens ».

 

Bonjour Monsieur le président de la République.

 

C’est un honneur pour moi de vous écrire. Avant de vous donner la quintessence de mon propos, j’aimerais me présenter. Mes parents, à ma naissance, au début de la décennie 1990, m’ont donné le nom de Tadajeu Kenfack Ulrich. A la différence de ceux qui ne l’assument pas, moi je le fais et je suis heureux d’être un créole. La n’est pas le problème. Je suis étudiant à l’Université de Dschang depuis quelques années et j’ai pour ambition de fréquenter jusqu’à la « fin de l’école » comme disent certains. C’est une ambition qui, de plus en plus semble être remise en cause par la rudesse de notre contexte et de nos conditions. Voila les informations à mon sujet.

 

Notre président de la République, Pa Paul. 

A votre sujet, vous êtes assez populaires. Je sais tout à votre sujet. D’ailleurs vous revenez tout juste d’un séjour de travail du coté de la France. Dans quelques heures, vous allez prononcer un discours au sujet de la jeunesse depuis le palais étoudi, depuis un de ces hôtels huppés de la cote d’azur, depuis votre hôtel continental de Genève, je n’en sais rien. Vous prononcerez certainement ce discours pour raconter des histoires à dormir debout du genre : nous sommes un pays fort, nous sommes une nation forte, tout va bien, seuls les myopes ne voient pas que nous avançons, l’émergence c’est en 2035, les grandes réalisations sont en marche, vous devez oser, innover et créer et bien d’autres…vous allez nous raconter ces histoires et peut être nous reprendre cette phrase : les grandes dynamiques sont en marche. Rien ni personne ne pourra les arrêter… D’ailleurs, selon vous, ceux qui refusent de le voir et constater sont des « myopes ».  Un mot nouveau : la myopie. En France, votre Ministre de l’énergie et de l’eau rappelait, je ne sais pour quelles raisons, que le climat au Cameroun se portait bien notamment en termes d’énergie et d’eau. J’ai de ce fait émis deux hypothèses : soit les informations ne vous parviennent, soit dans votre gouvernance, il y’a du cynisme. C’est vous qui savez le problème et j’aimerais que vous en donniez une réponse dans les prochains jours notamment le 10 Février et cessez de nous raconter des histoires.

 

Je vous ai dit que j’étais étudiant dans la ville de Dschang. Si vous connaissez un peu les Universités du Cameroun, vous saurez que les examens de fin de premier semestre commencent dans quelques jours. Mais les jeunes étudiants de la Ville De Dschang sont contraints à vivre dans le noir. Depuis Lundi 04 Février, les coupures d’électricité sont notre pain quotidien. Si ce n’est pas entre 8h et une heure que je ne connais pas parce que je dors déjà, c’est entre 10h et une heure inconnue. Comment réviser les leçons dans ce contexte ? Comment s’en sortir ? Sommes-nous dans l’Etau ? Comment nous dire d’oser et d’innover alors que le contexte nous empêche de prolonger nos imaginaires et nos possibilités ?

 

Quelqu’un disait un jour qu’il est illusoire de tromper tout le peuple tout le temps. Chaque jour, vos lieutenants, vos thuriféraires mentent, racontent des faussetés sur des plateaux de télévision, sur des radios, ils disent tout sauf la réalité. Ils racontent un Cameroun virtuel. Un Cameroun qui existe uniquement dans vos salons feutrés, dans vos hôtels étrangers, dans vos maisons de retraite. Dans ce contexte le Cameroun n’avancera jamais.  Le Cameroun sera toujours à la lisière du monde.  Ils disent donc ce qui n’est pas la réalité parce que le Cameroun réel, celui que nous vivons et connaissons au quotidien n’est pas celui dont vous avez dans vos rêves. C’est vrai que vous ne connaissez que votre palais, les hôtels Français et Suisse mais il faut respecter les Camerounais. Si vous avez l’électricité dans vos villas, les Camerounais n’en ont pas. Seuls les myopes ne voient pas ce Cameroun tel qu’il est. Un Cameroun de tensions quotidiennes, un Cameroun où pour avoir de l’eau il faut bagarrer avec son frère, un Cameroun où avoir de l’électricité chez soi est devenu un luxe. C’est cela le Cameroun de tous les jours, le Cameroun d’aujourd’hui qui, si vous ne mettez pas du sérieux, sera le Cameroun de demain ; sera le Cameroun de vos enfants sauf s’ils iront tout naturellement gaspiller notre argent à l’étranger parce que vous n’aurez pas construit des infrastructures solides pour la formation.

 

A l’heure où je vous parle, j’ai mal de mon pays. J’ai mal des jeunes de mon pays qui sont instrumentalisés. Aujourd’hui, pour défiler, certains jeunes doivent s’inscrire sur les listes électorales. Quel conditionnement piteux ! Quelle mauvaise solution aux vrais problèmes ! J’ai mal de ces jeunes qui, Lundi, prendront des tricots pour défiler en vous disant « Merci » alors qu’ils ne réussissent pas à bucher à l’approche des examens. Avec vos lieutenants, cessez d’instrumentaliser la jeunesse. Vous êtes en train de fabriquer une boite de pandore qui sera irrécupérable.

 

Regardez le Sénégal. Savez-vous qu’Abdoulaye Wade doit sa défaite à un problème de lumière ? Voyez-vous jusqu’où est allé le peuple sénégalais ?  N’allez pas croire que « j’ai votre mal ». N’allez pas penser que je vous déteste mais je ne fais que constater des faits qui sont récurrents loin des commentaires des commentaires devenus légion chez vos thuriféraires.

 

M le Président, chacun choisit de quitter la scène par la grande ou par la petite porte. Plus le temps passe, plus les évènements se présentent, plus j’ai l’impression que vous quitterez la scène par la petite porte. Les dés sont déjà joués à 85%. Mais vous pouvez en quelques temps changer ou corriger les erreurs du passé. Des erreurs qui sont nombreuses.  Des erreurs que vous ressasserez dans votre discours. Un discours que je n’écouterai pas ; un discours que je ne regarderai pas parce qu’il n’y aura pas de lumière. Un discours, certainement, sans intérêt car il nous racontera d’autres histoires banales.

Monsieur le président de la République, à l’heure où vous célébrez votre 80eme anniversaire, je vous prie de jeter un coup d’œil sur le problème d’électricité surtout dans les villes universitaires comme Dschang.  Faites attention, M le Président et ne vous entourez plus de « myopes ». Entourez-vous de personnes bien voyantes si vous avez à cœur de changer ce pays par le haut parce que jusqu’ici c’est dans le sens contraire que le changement s’est observé. Entourez-vous d’hommes et de femmes intègres, soucieuses du devenir de cette nation ; ces hommes et femmes existent au Cameroun. Des hommes qui se mettent au service de la nation pour le bénéfice des générations futures.

 

Avant de prendre congé de vous, excellence, permettez-moi de faire un détour sur la fête de la « jeunesse » que certains célèbreront le 11 février prochain. Ceci depuis 47 années. Une fête de la jeunesse qui sera encore marquée par ces défilés ostentatoires, des défilés qui frisent parfois le ridicule. Des jeunes qui, dans des envolées orgiaques, vous remercieront. N’est ce pas l’instrumentalisation de la jeunesse ? Comment dans un contexte comme le notre, dans la ville de Dschang marquée par d’incessantes coupures d’électricité qui empêchent les étudiants de lire et de réviser à l’approche des examens, certains jeunes peuvent trouver l’audace de vous remercier et vous penser que c’est honnête ?  Ces jeunes ne savent pas ce qu’ils fêtent, ils ne savent pas pourquoi ils fêtent, ils ne savent pas le contexte d’une telle fête et les réflexions qui doivent être menées. Ils savent juste qu’il faut manger et s’envoyer en l’air avec une demoiselle comme une chanteuse rappelait : « l’homme, le ventre et le bas-ventre ». Triste réalité ! Réalité dans laquelle vous nous avez plongés en trente années de « Renouveau » qui n’a eu rien de nouveau.

 

Sur ce, je prends congé de vous. Je vous réitère mes vœux de nouvel an mais aussi mes souhaits de joyeux anniversaire.  Soyez honnête envers vous, soyez honnête envers le peuple Camerounais. Même si vous l’êtes, je ne regarderai pas votre discours car les cousins de la Camerounaise des eaux  couperont l’électricité.  Même s’ils ne coupent pas, j’ai bien peur que ce discours ne soit qu’une copie du Cameroun d’Etoudi, de la cote d’Azur, de l’hôtel continental dans lequel vous vivez - Très loin des turpitudes quotidiennes de la jeunesse de Dschang, de Ngaoundéré, de Soa… Je m’arrête la de peur d’écrire tout un livre

 

Portez vous bien, M le Président !

 

Le Camerounais Ulrich Tadajeu Kenfack depuis la colline des savoirs à Dschang



09/02/2013
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